Il m’est arrivé, au début de l’été, une expérience qui m’a laissée sans voix. Depuis, au hasard de mes lectures sur le web, j’ai eu l’occasion de constater que je suis loin d’être la seule dans ce cas. J’ai constaté également que beaucoup de clients s’interrogent sur le pourquoi des tarifs « élevés » auxquels ils sont confrontés lorsqu’ils veulent engager des projets nécessitant l’intervention d’un professionnel du graphisme, du web, ou les deux à la fois, qu’ils s’adressent à des freelances ou à des agences. Une question qui revient souvent également est « pourquoi tant de différence de prix entre un freelance et un autre, et comment s’y retrouver? »
Il me semble important aujourd’hui de détailler, de façon claire et transparente, le pourquoi du comment des tarifs des prestations créatives et/ou techniques d’un webdesigner ou d’un graphiste et, pour ce qui nous concerne, lorsqu’il agit en « Freelance ». C’est parti pour une série de 4 articles riches en infos, surprises…et chiffres!
La petite histoire
Début juillet 2010. Une femme, psychologue en auto-entreprise, me demande un devis pour la création d’un site internet devant être à la fois une vitrine et une plateforme permettant l’échange avec ses patients. Notamment, le cahier des charges spécifiait la nécessité de permettre une communication par visio-conférence. Il était également demandé la possibilité d’acheter des crédits de communication, de pouvoir payer via paypal ou carte bancaire directement sur le site. Un logo devait être créé en premier lieu, accompagné d’une charte graphique web. Le site devait être optimisé pour le référencement, et être compatible tous navigateurs. Je me trouvais donc face à une demande de site que je pourrais qualifier de « complexe ».
Ce cahier des charges, dont je ne présente que les grandes lignes tant il était fourni, m’a été transmis à l’aide du questionnaire création internet que je laisse à disposition de tous mes visiteurs et clients afin de cerner leurs besoins. En bas de ce questionnaire, une ligne demande de renseigner le budget dont le client dispose pour la réalisation de son projet. Grâce à cette information essentielle et selon les contraintes qui me sont présentées, je peux éventuellement proposer au client une adaptation de son cahier des charges en fonction des moyens dont il dispose. Mais cette souplesse a tout de même ses limites. Dans le cas que je rapporte, la case « Budget » indiquait ceci: 50 euros + 20 euros d’hébergement. Dans la case « quel est le délai imparti pour la réalisation du projet », la réponse indiquait « trois semaines ».
Je me suis d’abord demandée si c’était une plaisanterie. Puis je me suis presque sentie insultée. Puis je me suis dit « Du calme, elle a du oublier deux zéros et elle voulait certainement dire trois mois ». Je lui ai donc envoyé un mail, expliquant pourquoi il m’était impossible de travailler pour ce prix là, et le prix qu’il faudrait investir au minimum pour réaliser un tel projet (oui, je sais, vous voudriez savoir…ça va venir
). Mais avant de parler du prix…
Jetons un oeil au planning prévisionnel
Établissons d’abord:
1) Les techniques à utiliser:
- Dessin vectoriel pour la création du logo et la déclinaison en webdesign
- XHTML et CSS: pour la construction des pages web et leur mise en page
- PHP et Mysql: pour le développement des parties dynamiques (conception/création/jointure/optimisation d’une base de données, gestion des comptes utilisateurs, achat des crédits de communication et récapitulatif de ces crédits sur le compte client, édition automatique des factures, etc)
- JQuery (fonctionnalités du menu, confort de navigation, sécurisation supplémentaire des formulaires…)
2) Le temps nécessaire à la réalisation de ce projet (en jours ouvrés):
- Création du logo ( 3 axes créatifs différents, 2 propositions par axe*, approfondissement et mise au point de l’axe retenu, déclinaisons noir et blanc): 3 jours.
- Conception théorique du site ( quels menus, quelle structure de page, profil des visiteurs, objectifs commerciaux…): 3 jours
- Création de la charte graphique web + webdesign (2 axes créatifs, 1 proposition par axe, approfondissement de l’axe retenu): 8 jours
- Conception pratique du site (découpage de la maquette + intégration en CSS, développement des parties dynamiques, création de la base de données…): 15 à 30 jours (estimation faite a priori, sans avoir de réelles informations sur l’ensemble des contenus et fonctionnalités requis. Coupons donc la poire en deux: 20 jours).
- Test du site dans sa version défnitive par le client: 1 à 3 jours
- Dernières vérifications et mise en ligne: 1 jour.
*: Par proposition, comprenez « versions ». Par exemple, une première proposition à dominante rouge, une autre à dominante bleue (exemples pris tout à fait au hasard ^^)
Sous-total: 38 jours
Ajoutons à cela le temps nécessaire aux retours client au cours du projet et les modifications qui en découlent: 3 jours maximum.
Total: 41 jours ouvrés (à 8h / jour).
Ce délai est donc le minimum possible pour réaliser correctement le projet demandé. Il peut de plus être largement allongé en fonction de la réactivité du client aux propositions qui lui sont faites ou aux questions qui lui sont posées (les jours passés à « attendre » un retour du client sur une proposition ne sont pas facturés, bien évidemment. Mais en attendant, le projet n’avance pas…).
Et donc, le prix?
Il est communément établi, par l’ensemble de la profession, que travailler pour un tarif journalier inférieur à 200 euros par jour est une pure folie. Ceci sera expliqué en détail dans la suite de cette série, mais pour le moment considérons cette information comme acquise et admise par tous. La « norme » se situe plus aux alentours de 350 € pour la province, et autour de 500 euros pour la région parisienne (attention, rien ne régit ces tarifs. Mais ils sont tout à fait honnêtes si l’on se place dans le cadre d’une entreprise, avec toutes les charges fiscales que cela implique, et non pas dans le cadre d’un salaire journalier. Car si nous facturons 350 euros par jour, vous allez bientôt comprendre qu’une fois les charges déduites, il n’en reste plus grand chose
). Admettons donc que je coupe la poire en deux et fixe mes tarifs pour ce projet à 250 € par jour, afin de ne pas travailler à perte tout en réduisant le coût du projet pour le client. Nous obtenons:
250 x 41 = 10 250 €
Comme ils sont loin, les 50 euros + 20 euros d’hébergement qu’était prête à m’offrir cette cliente! Partant de ce chiffre(je vois déjà vos yeux bien ronds qui n’ont toujours pas réussi à revenir à la normale
), j’ai une bonne nouvelle, et deux mauvaises. La bonne nouvelle (pour le client), c’est que les auto-entrepreneurs comme moi ne sont pas soumis à la TVA, et qu’il n’y a donc rien à ajouter au prix indiqué sur le devis. La première mauvaise (toujours pour le client), c’est qu’une agence demandera encore plus cher parce que contrairement aux freelances, elle a des salariés et donc des charges sociales bien plus importantes à sortir tous les mois. La seconde mauvaise (pour moi cette fois, pas de raisons que ce soit toujours les mêmes qui trinquent !), c’est que je reversai une bonne partie de ces 10 250 € à l’état
Conclusion
Heureusement, et c’est encore une bonne nouvelle pour les clients, tous les sites ne demandent pas 41 jours de travail, et des systèmes de visio-conférence. Vous pouvez donc prétendre à un site ( professionnel ou pas), pour bien moins cher que cela
En revanche, quoi qu’on fasse, un site comme celui que cette dame me demandait…ça coûte cher. Très cher. Mais au final, investir 10 000 euros dans un support de communication professionnel, qui nous rapportera peut-être 10, 15, voire 50 fois la mise, c’est une goutte d’eau dans l’océan et nous verrons cela ultérieurement.
Ca coûte cher parce que ça ne se fait pas tout seul et que derrière la belle interface, il y a un prestataire qui pendant deux mois aura travaillé tous les jours de la semaine, 8h par jour, sur un projet qui demande des connaissances précises dans des domaines très techniques. Que ce prestataire n’est pas qu’un « prestataire » mais également un chef d’entreprise, et son propre patron qui plus est. Qu’il n’habite pas dans une maison en bonbon et ne vit pas dans un monde où tout est virtuel (contrairement à ce qu’il construit
). Son loyer est bien réel, ses charges sociales aussi, tout autant que sa retraite complémentaire.
C’est ce qui vous attend en lisant l’article Les tarifs des freelances – 2ème partie. Vous pouvez également sauter directement à la troisième partie, qui détaille comment nous calculons nos tarifs journaliers. Dans un 4ème temps (que les moins de 20 ans…etc etc), vous apprendrez aussi pourquoi accepter de mettre le prix pour un site web professionnel est tout sauf une perte d’argent (et vous admettrez que c’est encore mieux quand on sait ce qui se cache réellement derrière le prix, non?)
Bravo aux courageux qui seront allés au bout de cette première partie!




Salut Julie,
)
Puisque je connaissais déjà l’histoire, j’attends la suite.
Tous les Freelance devraient pondre un article sur le sujet, on s’en porterait mieux , nos clients aussi.
La bonne journée
Quel excellent article!
Nous pourrions quasiment écrire le même en parlant de l’événementiel! Finalement, n’est-ce pas un problème de méconnaissance du travail d’autrui? faire croire au client que tout peut être gratuit: le téléphone, le journal, l’éducation, fait qu’il s’habitue à ne plus rémunérer la prestation d’autrui…Je suis admirative de ton travail, moi
@Lashon: C’est vrai que si tout le monde décidait d’expliquer précisément ce que contient réellement sa facture, il n’y aurait aucun problème du point de vue des clients, qui sauraient exactement ce qu’ils payent, et pourquoi! Mais qui sait, peut-être que ce beau jour viendra^^
@Nathalie: La méconnaissance du travail d’autrui est effectivement, je pense, un des facteurs majeurs dans l’incompréhension de la clientèle face à la facture présentée. C’est encore plus vrai dans notre domaine, où ce qu’achètent les gens reste du domaine de l’abstrait, et de l’impalpable. Du coup, beaucoup ont du mal à imaginer que ces réalisations n’apparaissent pas d’un coup d’un seul, mais qu’elles sont le résultat de longues journées de réflexion et de travail. On retrouve ce problème également dans le milieu artistique. Pour une grande partie du public, les artistes ne travaillent que pendant le spectacle. 350 euros de cachet pour 2 heures de spectacle…ils ont la belle vie les musiciens! Sauf que derrière ce spectacle, il y a 6 mois de répétitions, et ça….peu de gens y pensent^^.
Je pense donc que c’est à nous, créateurs et prestataires, de sensibiliser les clients à cette question de la rémunération. Leur expliquer ce qu’ils payent, et pourquoi. Faire prendre conscience que le fait de travailler à la maison ne veut pas dire que tout ce qu’on gagne tombe directement dans notre poche…C’est l’objet de cette série d’articles, j’espère qu’elle remplira (au moins un peu!) sa mission!
Bonjour,
Beau site et bel article ! Je m’en vais de ce pas lire la suite et abonde dans le sens suggéré par « Lashon » : pourquoi ne pas établir des liens entre les pages « témoignage » de prestataires web comme nous ?
Cela permettrait de présenter une problématique récurrente au travers de profils différents, ce qui conférerait une certaine « objectivité » à nos propos.
Qu’en pensez-vous ?
Bonjour et bienvenue par ici
Cette idée de renvois mutuels vers nos réflexions respectives sur la question des tarifs serait effectivement une bonne idée, et permettrait sans doute de montrer que ces propos ne sont pas « isolés » mais bien communs à beaucoup de prestataires web…
A creuser